J’accuse

                   Lettre à M. Jorge  SAMPAIO,
                                               M. George W. BUSH et
                                               M. José EDUARDO DOS SANTOS

 Respectivement, Président du Portugal, des Etats- Unis d’Amérique et de l’Angola.

Messieurs les Présidents,

J’aimerais aujourd’hui de façon directe,vu votre pouvoir de donner une solution définitive au drame cabindais, attirer votre attention sur le Cabinda, pays martyr et otage des intérêts des grandes puissances et des  compagnies pétrolières ;

Il est évident que je dois vous dire la vérité sur le mal que vous faîtes à mon peuple en étouffant toute prétention d’autodétermination dans ce pays où vous avez des grands intérêts au mépris des droits de l’homme.

Pour votre mémoire, le Cabinda se situe en Afrique centrale entre la République du Congo et la République Démocratique du Congo et une bande côtière de 60 km sur l’océan atlantique.
Sa superficie est de 7300km² pour une population qui atteint 650.000 habitants mais dont plus de 150.000 se sont réfugiés en République Démocratique du Congo, en République du Congo, au Gabon en Belgique et d’autres pays occidentaux depuis 1975 en raison d’une guerre contre l’Angola, l’occupant.

Le Cabinda concentre sur son territoire exigu et dans ses eaux les  trois quarts des ressources pétrolières dont l’Angola se fait propriétaire, sans oublier les gisements de phosphates, de manganèse, d’or et de diamant non encore exploités. La forêt équatoriale du mayombe constitue aussi une ressource importante. Avec une production journalière de plus d’un million de barils de pétrole, le Cabinda rapporte à l’Angola plus de 2 milliards de $ par an, soit 65% du P.N.B. Angolais.
 

L e protectorat du Cabinda date du traité de simulumbucu signé le 1er  février 1885 entre les représentants du peuple cabindais  et le Portugal,  traité dans lequel le Portugal s’engage à maintenir l’intégrité territoriale du Cabinda. Ce Traité fut présenté à la conférence de Berlin, en 1885, par le Portugal pour faire prévaloir sa présence au Cabinda avec l’accord des chefs traditionnels Cabindais.
L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA),en 1964 , sur sa liste des pays à décoloniser avait été classé le Cabinda 39è alors que l’Angola était 35è. Mais en 1975 lorsque le Portugal octroie l’indépendance à l’Angola, il lui fait cadeau du Cabinda et ce en violation du Traité de Simulumbucu  précité. Ce fut le 15 janvier 1975 lors des Accords d’Alvor conclu entre le Portugal et les mouvements  de libération angolais.
A la suite de  ces Accords, l’armée angolaise envahit le territoire cabindais, et ce fut le début de la guerre de libération des indépendantistes cabindais.
Un quart de siècle, jour pour jour la guerre sévit au cabinda et la misère colle les Cabindais à la peau. Les bombardements des villages sont fréquents, voire avec l’usage des armes non conventionnelles face des indépendantistes sous-équipés. Depuis que le Gouvernement  angolais a étendu son influence militaire et politique sur les seuls pays limitrophes du Cabinda, les réfugiés cabindais se sont vus contraints de quitter leurs camps après que plusieurs aient été tués, ou victimes de violences de la part des soldats angolais. Les réfugiés sont contraints au retour forcé dans un territoire où la misère ,voire la mort les côtoient tous les jours.

Alors  Messieurs les Présidents, la déclaration universelle des droits de l’homme a été proclamée comme idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société ayant cette déclaration constamment à l’esprit, s’efforcent par l’enseignement et l’éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d’en assure , par des mesures progressives d’ordre national et international, la reconnaissance et l’application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.
Que faites-vous pour respecter et faire respecter les droits de l’homme au Cabinda ?

 Article n° 3 «  Tout individus a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne » .

Le gouvernement   angolais se rend coupable de viols et assassinats à l’égards des cabindais. Le cas des jeunes gens de Inhuca, notamment João Matondo , Filipe N’kusu et Luzolo de la localité de Boma-Lubinda arrêtés depuis avril 2000 qui sont portés disparus jusqu’en ce jour. Personne n’ignore que les exécutions extrajudiciaires sont courantes au cabinda.

Le Gouvernement portugais fier de la haute trahison de son pays lors des Accords d’alvor du 15 janvier 1975 avec les angolais continue à envoyer des mercenaires cautionner    l’invasion et l’exploitation des cabindais. Ce qui justifierait la violence légitime des indépendantistes cabindais à l’égard des  angolais et  leurs complices, expliquant ainsi  les prises d’otages fréquentes, notamment la dernière.
Nous déplorons cette prise d’otages sans oublier de condamner avec force celle du peuple cabindais pris en otage par les angolais, les portugais et les américains par leurs mécanismes mis en place pour entretenir l’exploitation maximale  du Cabinda.

Article 26 :  « Tout     homme a droit à l’éducation », «  l’enseignement élémentaire est obligatoire » .
Les enfants du Cabinda, le « Koweït africain », étudient à la merci des intempéries, leurs écoles ayant été brûlées par les militaires angolais, ces enfants manquent des cahiers, crayons, bics, etc.. ;
Alors que l’Angola est signataire de la convention Internationale des droits de l’enfant depuis 1990, il continue à mépriser l’éducation de l’enfant cabindais  car la jeunesse étant l’avenir d’un peuple, il est préférable pour l’Angola  de maintenir l’application la   politique d’abrutissement des cabindais.
 L’article 6  de la convention droits de l’enfant stipule que :
      -1 Les Etats parties reconnaissent que tout enfant a le droit inhérent à la vie.
- 2 Les Etats parties assurent dans toute la mesure possible la survie et le développement de l’enfant.
 

Article 15 : « Tout individu a droit à une nationalité »
Il est évident que le refus de la communauté internationale de reconnaître le Cabinda comme un pays indépendant oblige encore le peuple cabindais à errer dans le monde sans aucune nationalité.
Je crie haut et fort pour faire savoir que : «  l’identité cabindaise est notre  légitime et irrévocable, nous sommes cabindais  depuis toujours et pour toujours, et la communauté Internationale devra nous reconnaître en tant que tels ».
C’est ainsi que je rend hommage  à la Belgique de m’avoir identifié comme cabindais malgré l’hypocrisie de la communauté internationale de vouloir étouffer cette identité. La Belgique a au moins le mérite d’être appelé pays de droit.

« Nul ne pourra être arbitrairement privé de sa nationalité »
Les réfugiés cabindais suite à l’Accord tripartite sur la sécurité aux frontières communes entre l’Angola, la République du Congo, et la République démocratique du Congo ont subi l’invasion  de leurs camps et se sont vus obliger d’endosser la nationalité angolaise ;plusieurs pays occidentaux imposent en ce jour la nationalité angolaise aux réfugiés cabindais ,ce qui constitue une violation flagrante des droits de l’homme .

Article 4 : « Tout homme a droit à la libre expression ».

Beaucoup de cabindais sont victimes d’exécutions extrajudiciaires par le fait d’exprimer leur opinion sur les abus  commis  à leur égards.
Pour la plupart des cabindais, c’est la langue de bois, angoissés par la peur d’être fusillés ou déportés à Luanda.
Nous saluons le courage des gens comme le Padre Congo qui n’a pas peur d’exprimer ses opinions sur l’occupation angolaise et ses abus malgré les intimidations du Pouvoir angolais
.
Article 5 : « Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels , inhumains ou dégradants » .
 Les Angolais violent et tuent les cabindais chaque jour. Pas plus que l’année dernière, une fille de 13 ans, Marie Ndombe a été retrouvée morte après avoir été violée par les  militaires angolais, tandis que son frère Andréa Puati a échappé de justesse malgré ses blessures, ce fut à Chibuete, le 28 mai 2OOO.

Article 1er : « …les êtres humains doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».
Est-ce la fraternité que de piller, de tuer les Cabindais au nom des intérêts pétroliers ?
 Le refus de la communauté internationale d’aider les cabindais à se libérer de l’oppression luso-américano-portugaise ; est-ce au nom de la fraternité ?
 Messieurs les Présidents, au nom du pétrole, dit-on, l’Irak envahit le Koweït, s’est liguée  pour chasser l’envahisseur.
Qu’en est-il de l’invasion du Cabinda alors que  les Etats-Unis y font des grands profits ?
S’agit-il de la politique de deux points, deux mesures ?
Lorsque Madeleine AWLBRIGHT se rendit au Cabinda il y a 3 ans, se disait-elle être au Cabinda ou en Angola ?
Une certaine sagesse dit : « Mentez, mentez toujours mais rien n’est caché qui ne sera crié sur le toit.
Monsieur Bush, j’ose espérer que vos relations avec les  milieux pétroliers ne vous empêcheront pas  de faire justice aux cabindais parce que vous en avez le pouvoir.
Un pouvoir cabindais pourra garantir mieux les intérêts des multinationales pétrolières.
Pensez plutôt à aider l’émergence d’une nouvelle classe politique authentiquement cabindaise par l’aide et l’octroie des bourses d’études aux jeunes Cabindais.

Je me permet de terminer par ces mots ;
J ‘accuse l’armée angolaise d’avoir envahi en 1975 le territoire du Cabinda , je l’accuse d’assassiner et terroriser les cabindais ,et de violer leurs filles.
J’accuse la presse internationale de ne pas informer les américains et les portugais du drame causé délibérément par les lobbies pétroliers.
J’accuse les firmes pétrolières Chevron (Angleterre) et Gulf - oil (USA) de collaborer avec l’occupant afin d’exploiter et paupériser les cabindais.
J’accuse les Etats-Unis d’Amérique d’aider les angolais à se maintenir au cabinda pour préserver leurs intérêts injustes et méprisables.
J’accuse les médias américains de ne pas informer les américains que le sang cabindais coule dans leurs pompes à essence.
J’accuse le Portugal d’avoir donné en  ‘’cadeau’’ le Cabinda aux angolais au mépris de la volonté légitime des cabindais.
J’accuse le Portugal et l’Angola d’avoir signé un accord scellant le sort du Cabinda en l’absence  des représentants cabindais.
J ‘accuse le Portugal de n’avoir pas respecté le Traité signé à Simulumbucu en 1885.
J’accuse la communauté internationale d’être informée sur ce qui se passe au cabinda et d’assister indifférente.
J’accuse les organisations humanitaires(croix- rouge , médecins du monde, médecins sans frontières,Unicef…) de refuser d’intervenir sur le territoire du Cabinda.
J’accuse l’ONU de ne pas  faire  cesser les massacres et les persécutions perpétrées par l’occupation angolaise contre la population cabindaise .
J’accuse l’ONU de ne pas veiller au respect des droits de l’homme au CABINDA et de ne pas condamner le gouvernement angolais des violations des droits humains dont les associations de défense des droits de l’homme font rapport depuis plusieurs années.
J’accuse la communauté internationale de cautionner l’occupation angolaise en endossant de force la nationalité angolaise aux cabindais, ce en quoi  l’Europe est à plaindre.

Messieurs les Présidents, permettez-moi de vous mettre face à votre conscience. En cette vie terrestre ‘’tout passe, tout coule et rien ne demeure ‘’ ;
  Jules César, Napoléon, Hitler, et d’autres encore ont vécu et chacun a laissé un nom, mais quel nom ?
L’histoire nous apprend que même les grandes civilisations passent par l’apogée, puis le déclin.
 Faites justice, vous serez justifiés !

Mundu Bunga Jacques Soares
Secrétaire Général
Association cabindaise de défense des droits de l’homme

Fait à Verviers, le 1 mars 2001.



 

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